S'initier au chant grégorien permet d'avoir
accès à l'écriture musicale occidentale.
Les neumes utilisés, puis les notes carrées, ont précédé notre système actuel d'écriture de la musique. Ils sont donc moins élaborés.
L'écriture des neumes à partir d'airs grégoriens simples, appris à l'oreille, familiarise avec le côté mélodique et rythmique de la musique, d'un point de vue "visuel", plus immédiat que la
notation actuelle qui, avec ses lignes, et ses barres de mesure, découpe la mélodie.
En effet, rares sont les choristes ou musiciens amateurs qui arrivent à se libérer de la partition: bien souvent, les barres de mesure, avec l'idée de temps forts et temps faibles, les rythmes
indiqués ( noires, croches etc) influencent leur interprétation jusqu'à la figer rythmiquement. Bien souvent également, les notes séparées les unes des autres les empêchent de concevoir la ligne
mélodique dans son ensemble et jusqu'à la fin de la phrase.
La lecture des neumes donne plus facilement accès à ce côté global de la lecture musicale.
D'autre part, la notation grégorienne oblige à travailler l'oreille et la
mémoire auditive, justement parce qu'elle est peu précise, ce qui est pour moi une priorité dans l'éducation musicale. Favoriser la lecture et l'écriture très tôt chez l'enfant ou l'adulte
débutant, au détriment de la fonction auditive, ne me paraît pas être une bonne idée. C'est un peu comme si on décidait d'apprendre à lire et à écrire à un enfant sans lui avoir appris à
parler auparavant.
Contrairement à ce qui se fait souvent, je peux affirmer qu'un enfant ou un adulte qui démarre l'apprentissage de la musique, "à l'oreille", apprendra
beaucoup plus vite ensuite et de façon plus sûre, la lecture. Je l'ai constaté plusieurs années durant dans mes cours d'initiation pour enfants de 5-7 ans, qui ne rencontraient ensuite aucune
difficulté pour l'apprentissage du solfège.
Je conseillerais donc aux débutants un peu curieux, de s'initier au chant grégorien, ne serait-ce que pour travailler leur mémoire auditive et leur oreille, pour assouplir leur voix,
et pour commencer à "lire" la musique, c'est à dire à comprendre intuitivement ce qu'est l'écriture musicale.
Plus tard :
L'apprentissage du chant grégorien permet aussi de travailler vocalement le phrasé, le souffle, à partir de l'accentuation du latin, et au fur et à mesure, l'interprétation
personnelle . Les pièces devenant plus complexes, la notion d'ornementation se précise: sur le répertoire d'hildegarde von Bingen, par exemple, la voix est au service de mélodies très
ornementées.
Ces ornements serviront ensuite de référence au chanteur, pour lui permettre d'improviser sur d'autres thèmes, en musique ancienne notamment